Le Comité de Suivi du Congrès d’Alger
La Bibliothèque d’Alexandrie et les Comités Nationaux
Le Mouvement Européen International
DIALOGUE SUD-NORD SUR LA MEDITERRANEE
POUR UNE VISION COMMUNE DU FUTUR
CONGRES d’ALICANTE
Alicante, 19- 20- 21 Novembre 2009
L’Education et les Migrations
DOCUMENTS
- Synthèse des Conclusions et Recommandations issues du Congrès d’Alicante
- Déclaration d’Alicante sur l’Education, Iman El-Kaffass (Version Anglaise - 4 pages) *
- Déclaration d’Alicante sur les Migrations, Bichara Khader (Version Française-28 pages) *
- Note Préparatoire (49 pages) *
- Programme du Congrès d’Alicante *
- Liste des Participants *
* Documents disponibles au Secrétariat du Mouvement Européen International: secretariat@europeanmovement.eu
Synthèse des propositions issues des rapports et des discussions en Ateliers au Congrès d’Alicante
Le deuxième Congrès de Dialogue Sud Nord sur la Méditerranée : Pour une Vision Commune du Futur a été organisé à Alicante, les 19-20-21 Novembre 2009, à l’initiative du Mouvement Européen International, de la Bibliothèque d’Alexandrie et des Comités Nationaux d’Algérie, Egypte, Maroc et Tunisie.
Ce Congrès a réuni environ 350 participants, représentant 30 pays du Sud et du Nord de la Méditerranée qui ont partagé leurs expériences et débattu ensemble de ces deux thèmes au cœur du dialogue méditerranéen : l’Education et les Migrations.
La présente synthèse est issue des documents finaux des rapporteurs, Iman El-Kaffass et Bichara Khader.
Les conclusions et recommandations issues des Ateliers et reprises ici tiennent compte d’une série de documents préparatoires : la Note Politique, les propositions issues des journées d’étude préparatoires organisées en Belgique, France, Croatie, Algérie, Maroc, Egypte et Tunisie, ainsi que le Plan d’Action et la Déclaration d’Alger.
Les participants ont souligné la centralité des deux thèmes du Congrès dans la vision commune d’avenir issue du Dialogue Sud Nord méditerranéen. Ils ont souligné la nécessité d’un changement de paradigme dans l’analyse de l’Education et des Migrations, les principales préoccupations dans ces deux domaines devant être : le développement commun et solidaire, le partage des savoirs, la mobilité et l’égalité des genres
Les participants ont souligné le fait que le Dialogue Sud Nord méditerranéen ne doit pas être appréhendé sur la base des réalités et valeurs dominantes, mais au contraire il doit se fonder sur les valeurs du respect, de l’interculturalité et surtout de l’égalité afin que de ce dialogue puissent naître des partenariats bénéfiques aux deux rives. Un dialogue qui trouve ses racines dans la compréhension mutuelle et qui reflète les paroles d’Albert Camus: «Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas. Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas. Marche juste à côté de moi et sois mon ami ».
PROPOSITIONS ISSUES DES RAPPORTS ET DISCUSSIONS EN ATELIERS A ALICANTE
Le Dialogue Sud Nord sur la Méditerranée doit soutenir la collaboration sur les questions suivantes
Education
Développer des programmes éducatifs et des projets communs:
- Enseigner le multiculturalisme aux jeunes enfants sur les deux rives de la Méditerranée à travers la crèche, l’école maternelle et l’éducation des mères.
- Préparer les jeunes étudiants dans les écoles primaires à la langue, à la recherche, à développer des capacités de découverte ainsi qu’une attitude de tolérance, connaissance et acceptation de l’autre de façon à créer le citoyen de la Méditerranée, tout en gardant sa propre identité.
- Introduire la culture des voisins et un système de valeurs interculturelles aux divers niveaux d’éducation scolaire de façon à rapprocher les deux rives de la Méditerranée et à encourager un sentiment d’amitié et voisinage au sein de la jeunesse.
- Améliorer et moderniser les programmes et les résultats des instituts techniques, professionnels et de l’enseignement supérieur dans le Sud pour donner à la jeunesse des qualifications pour faire face aux besoins du marché du travail du Sud et du Nord de la Méditerranée. « Education pour l’opportunité. »
- Soutenir l’établissement et le renforcement au Sud des entités/agences d’assurance qualité dans l’éducation qui appliquent des standards internationaux pour l’évaluation du système éducatif.
- Les participants soulignent la nécessité de garantir l’égalité des genres à la fois dans l’accès à l’éducation et dans la poursuite des études à tous les niveaux d’éducation.
- Promouvoir et diffuser le concept de démocratisation de l’éducation.
Mettre en place des politiques et collaborer pour améliorer la mobilité estudiantine dans la région méditerranéenne:
- Homogénéiser les programmes universitaire et permettre une reconnaissance mutuelle des cursus et diplômes académiques pour faciliter la mobilité et l’employabilité sur les deux rives.
- Etablir des programmes au niveau de l’enseignement secondaire et supérieur pour encourager les échanges des jeunes et leur participation dans des programmes culturels et éducatifs des pays d’accueil.
- Les enseignants des migrants dans le Nord doivent recevoir une formation sur la culture, l’histoire etc. des pays d’origine de leurs étudiants. Une collaboration peut être mise en place à ce niveau et les formateurs et l’intelligentsia éduquée du Sud peut participer à la préparation des enseignants du Nord.
- Mettre en place une analyse des compétences humaines dans les pays Sud de la Méditerranée pour connaître, utiliser et tirer profit de l’avantage compétitif de la jeunesse du Sud.
Collaborer au niveau des projets concrets suivants:
- Proposer des programmes académiques prévoyant un ou deux semestres d’études et/ou de stage dans une université de l’autre rive avant la fin du diplôme.
- Développer des programmes communs d’études Méditerranéennes, qui seraient enseignés dans les universités du pourtour Méditerranéen, et créer des diplômes (de licence et/ou Master) dans ce secteur. Les étudiants devraient alors parler couramment l’Arabe, l’Anglais ainsi qu’une autre langue méditerranéenne, ils seraient tenus d’étudier au moins un an dans une deuxième université et d’effectuer un stage au Nord et au Sud de la Méditerranée et ils recevraient un diplôme commun. A la fin ils devraient être prêts à travailler en politique, industrie etc. sur chacune des deux rives.
- Créer une Université Euromed dans le Sud, comme dans le Nord, spécialisée dans le domaine de la recherche et de la coopération scientifique pour renforcer la paix, les échanges interculturels et la durabilité de la région méditerranéenne. Garantir un nombre suffisant de bourses pour permettre aux étudiants défavorisés du Sud, comme du Nord, de se qualifier.
- Etablir un diplôme d’études supérieures spécialisé sur le développement et la formation professionnelle qui s’inspirerait du modèle mis en place par le Collège de l’Europe qui vise à réunir des jeunes venant de divers pays du Sud and du Nord, à les faire vivre et étudier ensemble et à leur attribuer des qualifications égales. L’institut devra être placé dans un lieu facilement accessible du Sud et du Nord de la Méditerranée et sera ouvert aux étudiants sortant à la fois de l’enseignement secondaire ou supérieur. Il offrira une formation professionnelle d’une période de deux ans, adaptée, aboutissant à un diplôme. Des diplômés hautement qualifiés pourront ainsi accéder aux emplois spécialisés sur les deux rives.
Coopérer au niveau d’une éducation non-formelle/ tout au long de la vie
- Les participants rappellent l’intérêt que représente pour le développement commun l’idée de lier les institutions éducatives au Sud aux instituts de formation à distance et aux universités européennes, transmettre la connaissance et offrir une certification/diplôme à travers les TIC.
- Lier les programmes d’alphabétisation au marché de l’emploi.
Migrations
Les débats lors des Ateliers sur les Migrations ont abouti aux orientations générales suivantes:
Travailler ensemble pour un développement commun : appréhender les migrations comme un facteur de développement :
- Pour un développement commun il faut mettre en place des réseaux d’information et de communication tels que l’agence Euromed de l’emploi pour créer les synergies entre l’offre et la demande et fournir les conditions nécessaires au retour au pays d’origine pour partager l’expertise acquise dans le pays d’accueil dans le cadre d’une solidarité Nord-Sud.
- Il faut exploiter les compétences locales dans le cadre des migrations régionales. On ne peut lutter contre le fléau du chômage sans cadre de concertation commun Nord-Sud.
- Encourager les transferts en en diminuant les frais : il n'est pas normal que les frais de ces transferts dépassent le seuil critique de 10 % : c'est excessif et cela décourage les transferts bancaires au profit de transferts informels qui ne sont pas moins coûteux.
- Ces transferts financiers constituent un apport important aux pays d'origine. Dans certains cas, l'entrée de devises permet de payer le service de la dette.
- Les participants ont émis le souhait de canaliser ces transferts vers des microprojets, la création de micro-entreprises, de coopératives de manière à créer de l'emploi et de l'activité. Il est regrettable que la majeure partie aille à la pure consommation. Il faudrait dés lors lier transferts et développement local.
Promouvoir le libre échange et la libre circulation en Méditerranée:
- Promouvoir les migrations circulaires, en insistant cependant sur le fait qu'elle ne doit pas simplement concerner les élites intellectuelles ou économiques, mais que tous les migrants doivent pouvoir développer des intérêts sur les deux rives de la Méditerranée. Accélérer et développer le système carte bleue.
- Il faut former les jeunes dans leur pays d’origine afin de faciliter leur " circulation qualifiante".
- Améliorer les partenariats pour la mobilité. Les accords de travail Espagne-Maroc, Italie-Tunisie et France-Tunisie sont considérés comme de bonnes pratiques à encourager et à multiplier.
- Il est nécessaire de s’interroger sur l’existence d’un facteur d’appel (pull effect) en Europe à ajouter au facteur de répulsion (push effect) présent dans les pays du Sud de la Méditerranée, à l’origine des flux migratoires. Partant de l’inéluctabilité de ce constant, il y a une nécessité d’organiser une liberté de circulation en Méditerranée.
Améliorer l’intégration des immigrants
- Les participants ont insisté sur la nécessité d'informer les migrants sur le marché de travail en Europe avant leur départ et de les former en conséquence. L'expérience tunisienne en la matière est appréciée.
- Inciter les pouvoirs publics des pays d’accueil, de concert avec les acteurs de la société civile et du monde académique et éducatif, à fournir les outils institutionnels, culturels et logistiques facilitant l’intégration du migrant dans le pays d’accueil. Promouvoir l’intégration par des systèmes de soutien pour l’apprentissage de la langue du pays d’accueil, de sa culture, pour la recherche d’un emploi etc.
- L’exemple du modèle d’intégration de la Communauté de Valence propose des programmes de formation, de systèmes de volontariats, des initiatives pour combattre la xénophobie, ainsi que la familiarisation des immigrants avec la société d’accueil.
Dépasser l’approche sécuritaire des politiques migratoires et la criminalisation de l’immigré:
- L'approche purement sécuritaire qui consiste à cadenasser la frontière (contrôle électronique, patrouilles maritimes, murs, barrières, barbelés etc.) est dénoncée comme irréaliste et inhumaine. L'externalisation de la frontière est perçue de la même manière.
- Certains participants ont prôné la suppression du visa, purement et simplement en alléguant de son caractère restrictif et finalement contre-productif : l'obligation de visa n'a pas tari les mouvements migratoires, elle les a rendus plus difficiles, plus dangereux et plus coûteux. Plus important encore, aux yeux de certains, l'obligation de visa non seulement conduit l'immigration clandestine, mais aussi l'installation.
- Il faut changer d’approche à l’égard de la clandestinité. L'immigration clandestine est le produit de l'interdiction de circuler dans la région méditerranéenne.
- La tendance à la " criminalisation " de l'immigration a été dénoncée à l'unanimité. Les passeurs et les réseaux mafieux sont les intermédiaires qui profitent de la situation. Ils doivent être punis.
- Faciliter la mise en place de systèmes de réadmission, réinsertion dans leurs pays d’origine des immigrants en situation irrégulière. Il faut sortir de la criminalisation de l’immigration illégale.
- L’Union européenne et ses membres doivent appliquer une politique plus généreuse en matière de visa, par exemple en ce qui concerne la mobilité des chercheurs, professeurs, étudiants...
Brain drain – Brain gain : développer la circulation des savoirs
- Dépasser la vision européenne de l'immigration"choisie". Certains participants y ont vu une " manière subtile" de "piller " les ressources humaines les plus qualifiées sans contrepartie. D'autres y ont vu une discrimination à l'égard de l'immigré sans qualification. Tandis que, de l'autre côté, certains ont fait remarquer qu'il vaut mieux un " exode de cerveaux "que "des chômeurs diplômés" dans leur propre pays. Tous s’accordent sur la notion de développement solidaire.
- Promouvoir la circulation des cerveaux pour un transfert des savoirs et des compétences : notion "brain gain" faisant référence aux cerveaux qui circulent ou émigrent, mais qui acquièrent de nouvelles compétences qu'ils pourraient transférer à leur pays d'origine à travers le processus de migration circulaire.
- Partant du principe que la migration est un choix difficile, impliquant souvent un déchirement familial, les participants ont souhaité souligner qu’il faut améliorer, avant leur départ, les qualifications de leurs jeunes pour les mettre en adéquation avec les besoins du marché de travail du pays de destination.
- Migrations et mobilité des jeunes diplômés, des étudiants et professeurs ou des travailleurs doivent être promues.
- Par son installation dans le pays d’accueil, l'immigré doit non seulement s'adapter, mais aussi intégrer des valeurs en termes des droits et devoirs de l'individu et du citoyen, de l'importance de la vie démocratique, du caractère positif de la diversité. Tout cela constitue une valeur ajoutée immatérielle, dans le cadre du retour au pays d’origine, enrichissant la culture sociale et politique des pays d'origine.
- Au Sud : convaincre les jeunes de revenir au pays, mettre sur pied de programmes permettant aux jeunes de réaliser des projets. Il faut mettre en place une forme d’appui technique pour développer initiatives entrepreneuriales dans les pays d’origine pour le retour des communautés installées dans les pays européens.
- Au Nord : investir davantage dans la qualification des jeunes du Sud pour accroître leurs opportunités d'emploi dans les pays du Nord comme dans leur pays d’origine. Or, constatent les participants, le financement des programmes de qualification des jeunes et le soutien financier européen à la création d'entreprises laisse beaucoup à désirer.
Soumis au Bureau du MEI le 12/12/2009